Paix, sécurité et minerais : la RDC en offensive diplomatique à Washington
(Tribune de Tina Salama, Porte-parole du Président de la République)
Pendant plusieurs jours, Washington n’a pas été pour la République démocratique du Congo une simple escale protocolaire. La visite de travail du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, s’est révélée être une séquence diplomatique dense, structurée autour d’un objectif clair : repositionner la RDC dans les priorités politiques et économiques internationales.
Au-delà des images officielles et des audiences protocolaires, ce déplacement a mis en évidence une évolution notable : la question congolaise n’est plus seulement humanitaire. Elle devient stratégique.
Cette visite reflète la vision du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui place la paix, la sécurité et la souveraineté au cœur du développement de la RDC, tout en visant une transformation économique durable, une gouvernance efficace et le renforcement de l’unité nationale. La RDC s’affirme également dans une diplomatie active, régionale et internationale, pour consolider la coopération et jouer un rôle central sur la scène mondiale.
Une visite dans un contexte international sensible
La venue du Chef de l’État congolais aux États-Unis intervient dans un contexte marqué par la persistance de la crise sécuritaire dans l’Est du pays et par la compétition mondiale autour des minerais critiques indispensables à la transition énergétique.
Dans ce cadre, Kinshasa cherche à internationaliser davantage la question sécuritaire et à obtenir un engagement plus direct de ses partenaires.
Les entretiens avec des responsables politiques américains, notamment des membres du Sénat et des institutions diplomatiques, ont permis d’aborder la situation sécuritaire régionale, la stabilité des Grands Lacs et les mécanismes de coopération bilatérale.
Pour la RDC, l’enjeu est clair : faire reconnaître que la paix dans l’Est du pays relève désormais d’un intérêt international partagé.
Le National Prayer Breakfast, tribune d’influence
Point visible du séjour, la participation du Président Félix-Antoine Tshisekedi au National Prayer Breakfast a dépassé le cadre spirituel auquel cet événement est souvent réduit.
Chaque année, cette rencontre rassemble dirigeants politiques, acteurs économiques et leaders d’opinion internationaux dans un espace informel de diplomatie d’influence.
À cette occasion, le Chef de l’État a axé son message sur la dignité humaine, la réconciliation et le respect mutuel entre les peuples.
Dans le contexte congolais, ce discours prend une dimension politique : il place la question de la paix dans l’Est non seulement comme un problème sécuritaire, mais aussi comme une exigence morale et internationale.
L’économie au cœur du déplacement
Cependant, le véritable centre de gravité de la visite se situait dans son volet économique.
Le Président de la République a échangé avec plusieurs institutions financières américaines, notamment l’Export-Import Bank des États-Unis et la U.S. International Development Finance Corporation, ainsi qu’avec des investisseurs privés.
Ces discussions ont porté sur le financement d’infrastructures, l’industrialisation et surtout la valorisation des minerais stratégiques dont la RDC détient une part essentielle des réserves mondiales.
Kinshasa cherche désormais à transformer son statut de pays riche en ressources en celui d’acteur industriel des chaînes de valeur mondiales, en particulier dans les secteurs liés aux batteries et aux technologies énergétiques.
Ainsi, la diplomatie congolaise ne se limite plus à la coopération classique : elle vise l’intégration économique.
Une diplomatie tournée aussi vers la cohésion interne
En marge des rencontres officielles, le Chef de l’État a également échangé avec des membres de la diaspora congolaise aux États-Unis, notamment des jeunes issus de communautés concernées par les tensions dans l’Est du pays.
Cette séquence rappelle que la diplomatie extérieure sert aussi un objectif interne : renforcer la cohésion nationale et porter un message d’apaisement au-delà des frontières.
Une stratégie de repositionnement international
Au terme de cette visite, trois orientations apparaissent nettement.
La première est sécuritaire : la RDC cherche un soutien diplomatique accru face aux menaces persistantes dans sa partie orientale.
La deuxième est économique : attirer des investissements structurants et sécuriser les partenariats autour des minerais critiques.
La troisième est politique : inscrire le pays dans les grandes discussions internationales sur la stabilité régionale et la transition énergétique.
Washington n’a donc pas été seulement un lieu de rencontres, mais un espace de négociation d’influence.
La RDC y a défendu sa sécurité, son économie et son image.
Plus qu’une visite officielle, ce déplacement traduit une volonté : passer d’un État souvent perçu comme terrain de crises à un partenaire stratégique dans les équilibres internationaux.
En se tournant vers Washington, Kinshasa ne cherchait pas uniquement un appui ; elle cherchait aussi à redéfinir sa place.



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